LA FAMILLE, UN PARTENAIRE DE PREMIER PLAN AU SEIN DE NOS MAISONS

Aujourd’hui plus qu’hier, la famille est au centre des attentions des équipes Maisons de Famille. Pour mieux mettre en lumière le rôle des familles, leur nécessaire complémentarité aux côté des des professionnels, Véronique Luc, directrice de Maison de Famille La Cerisaie à Castelmaurou (31) et le Docteur Eric Kariger, Directeur Médical du Groupe Maisons de Famille, se sont prêtés au jeu d’un dialogue sur ce sujet.

– Quelle est la place des familles et proches au sein des Maisons de Famille?

 

Véronique Luc : « Au sein de nos maisons, nous accueillons bien sur une personne âgée mais aussi sa famille, son entourage. Essentielles à nos côtés, il faut leur laisser une large place, d’autant plus que cela coïncide avec une demande de plus en plus prégnante de leur part. ».

Et associer les familles à notre accompagnement, c’est commencer par les considérer comme de vrais partenaires, faire que nous parlions le même langage, et que nos relations soient sereines… Parce qu’il ne faut pas oublier que nous accueillons les familles dans des situations de grande souffrance. Bien souvent, les admissions sont synonymes de moments de rupture, liés à une hospitalisation, à un éloignement ou à l’épuisement de l’aidant qui ne peut plus assurer seul la fin de vie de la personne âgée.

Les familles ressentent aussi beaucoup de culpabilité…  Et nous accueillons cette culpabilité, ainsi que leurs inquiétudes. Il faut pouvoir rassurer. Nos psychologues accompagnent parfois aussi les familles.

 

Dr Eric Kariger : « D’abord par famille, il faut comprendre, au sens élargie, famille biologique et famille dites « de coeur », qui comprend les amis, les proches (voisins etc.)…

Les résidents ont un besoin fondamental d’être en relation avec des personnes qui ont vécu leur histoire, qui ont partagé avec eux des moments heureux, d’autres douloureux, en somme des personnes qui ont souffert ou aimé avec eux et auprès de qui la sympathie est naturelle. Nous nous posons la question de la place « physique », mais aussi organisationnelle et temporelle qui est accordée aux familles au sein des Maisons de Famille. Parce qu’une famille n’est jamais « trop » présente, nous avons beaucoup de chance dans les maisons du Groupe de pouvoir répondre aux menus besoins d’une personne qui souhaite rester aux cotés de son parent, une heure, une journée. La qualité de bien être et la qualité de vie de la personne résidente s’en ressentiront. Au delà de ces temps du quotidien, il nous faut aussi compter sur les proches dans les moments délicats comme l’admission.

Le proche est un marqueur de l’histoire de vie du résident. Une personne qui a en commun une page d’histoire qui lui permet d’évoquer des souvenirs communs… et de partager des émotions, ce qui est essentiel. Cette dimension affective est vitale, elle est constitutive du devoir des familles à l’égard de leurs proches. Une position que personne au sein des équipes ne pourra combler, car totalement complémentaire du professionnalisme qui est mis en œuvre dans nos maisons.»

 

– A quels moments la présence des proches est essentielle pour le résident et les équipes? Comment favorisez-vous cette présence chez Maisons de Famille ?

 

Dr Eric Kariger : « Etre aux côtés de son parent ou ami, ne serait-ce qu’une petite demi-heure, c’est un moment de chaleur et de convivialité qu’un professionnel ne pourra jamais remplacer, du fait de sa posture. La présence de la famille est importante dès l’entrée en maison. En effet, la famille nous aide à bien connaître le parcours de vie de leur proche et à éviter un sentiment de rupture.

 

Véronique Luc : En effet, les familles rendent visite à leur parent quand elles le souhaitent selon leur agenda,  bien sur en respectant le rythme du résident. Et pour favoriser ces moments d’échanges, nous organisons dans nos maisons des fêtes, à divers moments de l’année avec les familles ainsi que des réunions d’information. D’ailleurs, les familles peuvent aussi se retrouver à l’extérieur de la maison. En effet, l’entrée en maison de retraite ne signifie pas que les sorties deviennent interdites ! Bien au contraire,  la vie continue à l’intérieur comme à l’extérieur et nous souhaitons que des escapades au restaurant, lors de week-end …. continuent de s’organiser, nous apportons nos conseils aux familles.

 

– Les enjeux de cette relation pour Maisons de Famille ?

 

Dr Eric Kariger  : « Les professionnels sont présents pour les familles autant que pour les résidents. Un des enjeux est une meilleure « relation » entre familles et professionnels afin de permettre des admissions et/ou interventions plus précoces pour favoriser un accompagnement choisi et non subi. Le fameux 1+ 1 = 3. Trop souvent effectivement les admissions se font dans une situation de crise médico-sociale, de rupture qui renvoie, 9 fois sur 10 sur l’épuisement de l’aidant. Ce dernier se met en danger car il va au-delà de ses limites. Parfois même, les conditions de sécurité et de bientraitance ne sont plus assurées à la maison. »

 

Véronique Luc : « Selon moi, l’enjeu majeur est de faciliter la compréhension et l’information, que l’on aille dans le même sens, le bien être du résident ». Dans plusieurs de nos maisons, j’ai pu observer certaines familles de résidents qui lors de visite à leurs parents et en  profitaient pour donner de leur temps aux autres résidents au travers de lectures, de chants ou de concerts de piano …. Et après le décès de leurs parents, ils ont souhaité poursuivre leurs visites aux résidents et donner de leur temps. Pour eux,  c’est devenu un engagement d’un autre ordre, celui de la générosité. »

 

Dr Eric Kariger : « Notre vie est relation, et pour faire simple, je crois que nous n’existons qu’à travers notre relation à l’autre. Dans notre secteur, le développement et l’épanouissement des relations des résidents à leur entourage sont des axes de travail permanents. Dans la qualité de soin que l’on doit aux plus fragiles de nos contemporains, la richesse que nous leur devons nécessite 3 groupes d’individus : la famille, les professionnels de santé et l’ensemble des équipes de maisons de retraite, mais aussi une 3ème catégorie de personnes, que l’on regroupe parfois sous l’appellation « bénévoles » ;  ce sont bien souvent des familles de résidents, qui poursuivent leur visite dans nos maisons même après le décès de leur proche. De fait, leur posture est différente et chacun des membres de ce triptyque compose, avec ses droits et ses devoirs complémentaires. Cette complémentarité est un équilibre à préserver.  »

 

– Au delà des proches, dans quelle logique d’ouverture et d’accueil est Maisons de Famille?

 

Dr Eric Kariger : La personne qui donne de son temps, librement est quant à elle dans un rôle à part vis-à-vis du résident. Au sens étymologique du terme, la personne bénévole est celle qui est animée de bienveillance, de bonne volonté, qui veut faire bien…dans une démarche totalement libre. De fait, la relation que le bénévole a choisi de nouer avec le résident est une relation librement consentie, gratuite et sans contraintes pour l’un et l’autre. Et c’est important pour le résident que d’avoir à faire avec une démarche purement gratuite, une relation qui ne lui est pas « imposée ».

« Accueillir des bénévoles comme les cas que nous avons cité, au sein d’une maison de retraite, oui c’est un objectif intéressant et je dirais même qu’il s’agit d’un projet d’ambition, dans la mesure où pour le moment,  il n’est pas complètement réalisé. Il faut en effet savoir composer avec certains tabous, qu’il faudrait  faire tomber, et qui veulent que dans l’imaginaire collectif,  les bénévoles ne sont actifs et ne donnent de leur temps que dans les organismes publics ou associatifs….Mais c’est oublier que le bénévole n’est pas présent pour remplacer la famille, ni pour palier des manques organisationnels ou professionnels…mais simplement pour être à sa place. Il doit être considéré en tant que tel et ne remplacer personne. C’est cette place, bien particulière, qu’il conviendrait de travailler et de communiquer.  »

 

Véronique Luc : « C’est aussi pour nous un vrai projet d’accompagnement, car n’oublions pas que l’on s’adresse à des personnes fragiles, aussi on ne peut pas laisser les « bénévoles » sans un minimum d’outils, de formation et d’encadrement.  »

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