la journée Mondiale Alzheimer – DR ERIC KARIGER RÉPOND

Dans le cadre de la journée Mondiale Alzheimer, une adresse mail était à votre disposition pour répondre à toutes vos interrogations sur cette pathologie, le Docteur Eric Kariger a répondu à l’ensemble des questions qui lui ont été posées, qu’elles soient sur la maladie d’Alzheimer ou sur l’accompagnement que nous proposons aux résidents de nos Maisons de Famille atteints de cette pathologie. Nous avons retenu les échanges ci-dessous qui reprennent l’essentiel de vos questions.

 Merci d’avoir été si nombreux à nous solliciter !

 

Si ma mère à la maladie d’Alzheimer, ai-je des risques d’avoir cette maladie ?

ERIC KARIGER – Les formes les plus fréquentes, survenant après 75 ans ne présentent pas de caractère héréditaire. Par contre, on peut hériter des facteurs de risque d’un vieillissement précoce : Hypertension artérielle (HTA), diabète, excès de cholestérol, mauvaises règles hygièno- diététiques…tabagisme, sédentarité, alimentation déséquilibrée etc

 

Que me conseillez-vous pour diminuer les risques d’avoir cette maladie ?

ERIC KARIGER – Tous les facteurs de risque décrits dans le vieillissement cardio -vasculaire doivent être pris en compte et maîtrisés pour réduire les risques ! On peut y associer une hygiène mentale et une activité sociale et intellectuelle soutenue. « On vieillit comme on a vécu » et le cerveau n’échappe pas à la règle ….

 

Pourquoi ma mère me reconnait et ne reconnait pas mes frères et sœurs ?

ERIC KARIGER – Il faut déjà bien différencier s’il s’agit d’une non- reconnaissance ou d’un manque du mot. ( le reconnaît mais ne peut plus le nommer)

À un stade généralement assez avancé, le malade atteint de la maladie d’Alzheimer peut présenter une agnosie (absence de reconnaissance sensorielle visuelle, gustative, tactile, auditive… Mais les troubles peuvent être sélectifs pour des tas de raisons. Un enfant peut être plus présent, une histoire particulière peut les lier plus fortement….on est le fruit d’une histoire…mais ne jamais oublier que la mémoire   » du cœur  » est la plus forte…et tant que son état neurologique le permet il saura toujours reconnaître les êtres qui lui sont bien intentionnés de ceux qui le sont moins.

 

Mon père a un Alzheimer dit violent, est ce du à cette maladie ou est-ce une évolution de la maladie ?

ERIC KARIGER – Jusqu’à preuve du contraire, sa violence est l’expression d’une souffrance et peut trouver son origine dans de multiples causes : problèmes physiques ( douleur, infection, constipation, ….), psychique (dépression surajoutée, environnement inadapté,..) ou social (personnel non formé, épuisement des aidants…).

Néanmoins, les troubles du comportement apparaissent à tous les stades de la maladie mais effectivement sont plus fréquents aux stades sévères et dans certaines formes de démence (démence frontale par exemple)

Dans tous les cas, cela justifie d’un avis médical spécialisé et parfois une hospitalisation dans des unités adaptées pour bilan (unité cognitive-comportementale dite UCC).

 

Mon frère a cette maladie, diagnostiquée il y a  1 an, aujourd’hui, je ne le reconnais plus.

ERIC KARIGER – Malheureusement, certaines formes évoluent anormalement vite, particulièrement les rares formes du sujet jeune (avant 65 ans). Attention, toute maladie démentielle n’est pas un Alzheimer… Et certaines formes évoluent plus rapidement (démence à corps de Lewy par exemple). En moyenne la maladie évolue sur une dizaine d’années et les grandes difficultés surviennent tardivement.

 

Est-il vrai que les personnes qui ont fait des études ont moins de risques de développer la maladie ?

ERIC KARIGER –  Le vieillissement n’est pas forcément synonyme de maladies et/ou de dépendance. C’est un processus insidieux et continu qui Est influencé par notre environnement et notre parcours singulier. La capitalisation est au coeur de nos hypothèses qui confirment que les gens instruits et açtifs socialement retardent l’apparition des signes et des conséquences dans la vie quotidienne de la maladie. En résumé, tout est intellectuel et « la fonction crée l’organe » disait Leriche…. Il ne faut pas faire sonner l’heure de la retraite !

 

je voudrais savoir quels sont les activités ludiques proposées aux personnes souffrant d’Alzheimer dans le cadre de la Maison de famille, compte tenu du fait que leur mémoire immédiate est déficiente et que fait on pour les conserver alertes et « réveillées »

ERIC KARIGER – Ma réponse ne peut pas être univoque dans la mesure ou elle dépend

– du type de secteur ou de maisons qui disposent ou non de secteurs spécialisés et des compétences paramédicales présentes ou non ( ergothérapeute, psychomotricien, neuropsychologue, orthophoniste…)

– du niveau de gravité de la maladie

Globalement, on travaille à conserver les facultés restantes et on évite de mettre en échec le résident. On part de l’histoire du résidant pour tenter de mieux discerner ses centres d’intérêt et on réévalue régulièrement le bénéfice/risque de nos interventions. En pratique, tout est bon a partir du moment  ou il prend plaisir ; Activités ménagères, jardinage, bricolage, … Mais aussi lecture, écriture, …balnéothérapie, massages, rééducation de marche….

 

Maman est tjs déprimée surtout en présence de la famille ou lors d’une communication téléphonique comment apaiser sa souffrance morale, répétitive !!!
Personnellement, je suis obligé de raccrocher afin de me protéger avant que mon énergie soit « pompée », comment faut-il agir ?

ERIC KARIGER – La dépression est un syndrome qui renvoie à des origines multifactorielles. Elle peut être en rapport avec des problèmes organiques (douleur, dépendance, maladie démentielle, maladies métaboliques) et nécessite en  conséquence un bilan gérontologique approfondi en lien avec votre médecin traitant et le médecin coordonnateur de la maison. Si besoin un avis spécialisé voire un bilan hospitalier peut être nécessaire.
La dépression peut être réactionnelle également à son changement d’environnement. Quitter son domicile est une étape de la vie douloureuse. Dans cette phase, une prise en charge médicamenteuse et non médicamenteuse peut s’avérer bénéfique. En particulier un soutien psychologique s’avère nécessaire et peut apporter une amélioration.

Les traitements anti-dépresseurs peuvent être utiles. Il faut simplement être patient car les effets sont un peu moins rapides que chez le sujet jeune.
N’hésitez-pas si vous le souhaitez à prendre contact avec notre médecin coordonnateur.

Réponses du Docteur Eric Kariger 

 

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