POUR UNE POLITIQUE DE SOIN ET D’ACCOMPAGNEMENT AMBITIEUSE

La position du Groupe Maisons de Famille sur des orientations politiques possibles et souhaitables en matière de dépendance. Dr Eric Kariger, directeur médical du Groupe Maisons de Famille, a  très gentiment répondu à nos questions :

 

– La dépendance a été un des grands chantiers du dernier gouvernement. Aujourd’hui, quelles sont pour vous les questions prioritaires en matière de dépendance, qui doivent animer le travail de nos responsables politiques ?

Eric Kariger : « Aujourd’hui plus qu’hier, nous avons besoin d’une politique ambitieuse en matière de soin et d’accompagnement en maison de retraite. Notre position chez Maisons de Famille est que la prise en charge de la dépendance repose sur un triptyque, un trépied qui renvoie aux trois niveaux de responsabilité : individuelle, familiale et publique ; l’un ne pouvant suppléer aux deux autres. »

 

– Quelles sont les caractéristiques de ces 3 niveaux de responsabilité ?

Eric Kariger : « Le premier niveau de ce trépied est celui de la responsabilité individuelle : le fameux  « aide toi, le ciel t’aidera ». Autrement dit, chacun d’entre nous est acteur de son destin et de son « bien vieillir » ; ce sont les parcours de vie personnels qui déterminent les besoins propres à chacun. Il ne tient qu’à nous de mieux comprendre cette responsabilité indi

viduelle, pour pouvoir « prendre les devants » et être acteur de la prise en charge de notre éventuelle dépendance, à différents moments de notre vie : de manière préventive, curative ou palliative. Etre acteur de sa dépendance quand elle survient, c’est pouvoir faire le libre choix, en connaissance de ses capacités, de son lieu de vie voire de son lieu de fin de vie : Un lieu qui respecte notre dignité et qui puisse apporter, selon nos moyens individuels des prestations complémentaires, « extra nécessaires ».

 

Le deuxième niveau de prise en charge de la dépendance est celui de la responsabilité familiale. La famille est le premier niveau de solidarité « extérieur » à soi. Elle est tenue, nous l’avons déjà évoqué dans les pages de ce blog, d’obligations élémentaires, qui imposent de subvenir aux besoins de ses ascendants (morale, affective, juridique…).

 

Enfin, le troisième niveau est celui de la solidarité publique, qui peut s’exercer au niveau de l’Etat (la sécurité sociale qui rembourse les besoins fondamentaux en matière de soins), du département (aide personnalisée à l’autonomie, aide sociale à l’hébergement notamment) ou de la commune. Aujourd’hui, l’enjeu est de renforcer le principe de solidarité et non plus d’assistance, et le principe d’équité et non plus d’égalitarisme.  Tout en s’appuyant sur une gestion en proximité grâce aux conseils généraux, chefs de file de la politique gérontologique, il nous faudra renforcer le niveau national de la solidarité afin de lutter contre les inégalités départementales (vieillissement démographique, développement économique, niveau d’urbanisation…). » Un financement plus juste assis sur l’ensemble des revenus est à envisager type CSG.

 

– En pratique, pensez-vous à un chantier en particulier ?

Eric Kariger : « Je pense notamment à une meilleure répartition entre les mesures de soutien  à domicile et celles pour les maisons de retraite. Il est en effet fondamental de communiquer sur la nécessaire complémentarité, et non opposition, de ces différents modes de prise en charge. En matière de dépendance, le maintien à domicile a ses limites, comme l’Ehpad a ses limites, et c’est dans la complémentarité des réponses que l’on pourra être efficace  en terme de qualité et d’efficience pour les personnes et la société. »

 

– A quelles limites pensez-vous lorsque vous évoquez le maintien à domicile ?

Eric Kariger : « Le facteur limitant en matière d’accompagnement à domicile est la présence  de l’aidant (conjoint, enfants, proches…), qui offre par devoir et amour une prestation « gratuite », si l’on peut dire. Quand l’aidant vie avec la personne âgée dépendante, des potentialités énormes s’offre à la personne âgée, puisque le proche sera là pour la stimuler, l’aider au quotidien, assurer une présence aimante et bienveillante…Du côté du patient, les maladies démentielles constituent la première cause d’entrée en établissement.

 

D’un point de vue économique, ce qu’il faut aussi savoir, c’est qu’à niveau de dépendance égale et à niveau de soin égal, cela coûte bien souvent plus cher de rester chez soi que d’entrer en maison de retraite. C’est d’autant plus vrai en milieu rural où le temps des déplacements  des professionnels rend défavorable le rapport coût/efficacité. Les maisons de retraite n’ont pas été créées par attente des individus, mais pour des raisons médico-économiques, des enjeux d’économie d’échelle qui ne sont pas envisageables à domicile. C’est pourquoi, un des rôles des gestionnaires de l’argent public est de continuer à être les garants de cette logique d’efficience. »

 

– Arguments économiques mis à part, comment qualifieriez vous cette complémentarité entre maisons de retraite et soin à domicile ?

« Il y a une chose dont on ne parle pas ou peu lorsqu’il est question d’entrer en maison de retraite. Il s’agit de la convivialité, des liens humains qui se développent en maison et qui sont des remparts à l’isolement du domicile. En tant que médecin, il faut rappeler que «  c’est la fonction qui créé l’organe ». Ainsi, une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer à un stade débutant ou modéré, que l’on va maintenir à domicile seule va progressivement s’affaiblir par manque de « stimulation », de relations sociales. L’isolement peut l’angoisser, il peut se déshydrater, se dénutrir, perdre progressivement ses capacités langagières, ses praxies…. Chose qui n’adviendrait pas, du moins pas aussi rapidement, en maison de retraite. En maison de retraite les sollicitations sont nombreuses, le temps des repas est partagé, et on ne laisse pas la personne malade en situation d’échec, que l’isolement pourrait générer tout en respectant l’autonomie de chacun.

 

Aujourd’hui il faut mieux organiser et communiquer, sur cette complémentarité entre ces deux dispositifs, à commencer par imaginer des échanges et apprendre à travailler ensemble. Et c’est ce que nous tentons de faire chez Maisons de Famille en étant particulièrement présent auprès des aidants. Les aidants doivent garder toute leur place auprès de leur parent, y compris en établissement.

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